Rechercher
  • PETALS

POST-BALI : Libres & confinés

Mis à jour : juin 6



Il y a un peu plus d'un mois j'atterrissais en terre inconnue. Denpasar - 15h - décalage horaire - humidité 90% - je ne sais plus si j'ai faim de déjeuner ou de dîner - mais je retrouve cette sensation que j'ai la chance d'appeler "familière" : l'excitation de commencer une nouvelle aventure. Ici je ne suis personne, je n'ai ni histoire, ni passé, ni responsabilités : je n'existe plus qu'au présent. 


Je viens d'arriver, 2 sacs et un tapis sur le dos (si j'avais pu apporter ma guitare !) et je cherche mon nom sur les dizaines de pancartes des conducteurs de taxi. Le mien étant en retard je m'assieds, vaincue par le poids de mes affaires (on m'a récemment annoncé que mon guide spirituel est le chameau; lui aussi a toujours sa maison sur le dos). Je suis entourée de conducteurs balinais brandissant des pancartes aux noms européens qu'ils peinent à prononcer . Tous sourient et c'en est presque choquant. L'air est lourd, mais il y a quelque chose de léger sur le visage des-gens-d'ici. Un homme me regarde et me demande si j'ai besoin d'un taxi. Je le remercie mais préfère attendre; je viens d'arriver et j'ai encore sur la peau la froideur, ou distance de politesse, de ma culture européenne.


Son visage paternel invite à la conversation : je l'interroge : " Et vous, attendez-vous quelqu'un de précis ?"


"Oui, mes clients arrivent aujourd'hui, mais ils sont en retard je crois. Ça fait trois heures que je les attends." Il rit. Je m'étonne et me sens désolée pour lui. Il me rassure " no problem, no problem... j'ai beaucoup de temps, j'ai tout mon temps  !". Premier choc culturel. Combien, et moi inclue, aurait succombé à l'impatience ? Ou combien aurait attendu dans la frustration et la colère ? D'abord le Sahara, puis cette île : partoutailleurson semble avoir du Temps. 


Ma dernière conversation à Bali fait écho à ma toute première. En route pour l'aéroport c'est évidemmentCoronaqui monopolise les langues. " Et vous, vous n'avez pas peur ?" je demande au conducteur. " Nous ? Non ! Pourquoi avoir peur ? On ne risque rien, tous les jours on offre aux dieux. Tous les jours on prie." Il y avait des offrandes jusque sur le tableau de bord.


Alors oui, Canggu, tes rues sont un peu sales, tes nuits bruyantes et tes scooters polluent; ta terre tremblante perturbe mon sommeil, ton air est dense, tes vagues trop hautes, tes orages trop fréquents. Mais, Canggu, mon ancrage d'un mois : chez toi, les Hommes prient. Chez toi les Hommes se prosternent, chez toi les Hommes se souviennent. Et rien que pour cela, à tes pieds, à mon tour je m'agenouille. 


Entre ces deux conversations tout un mois s'est écoulé et tout un monde s'est vu couler. Je me considère chanceuse d'avoir pu échapper pendant ces quelques semaines à la panique, aux flammes montantes de La Peur, encore plus contagieuse qu'un virus. Le feu, je l'ai côtoyé tous les jours ce mois-ci: un feu interne, brulant sous le nombril. Un feu qui s'allume lorsque le Soleil, Surya, enfin rencontre la Lune, Chandra. L'ultime célébration, la plus élégante des danses, le plus noble des rituels. Oui, pendant un mois, mon souffle a soufflé sur les flammes et j'ai offert au Feu la plus dense partie de mon être : ce que je traîne, ce qui colle, ce qui crevasse, ce qui divise, ce qui alourdit, ce qui ralentit.


C'est là seulement, que, les braises encore chaudes, l'espace infini du Coeur se dévoile à nous. 


De très loin j'ai suivi la transformationdumonde, de plus près j'ai redéfini monmonde. J'ai voulu rester, bercée par les enseignements des Sages, à apprendre comment servir au mieux le collectif car c'est avec soi que tout commence. La purification de l'être est essentielle à l'action sincère et efficace.


Je sais à quel point il est difficile, indécent peut-être, de parler de beauté et de perfection en ces temps, mais j'y tiens. Mais j'y crois. Oui, malgré les circonstances, jamais je ne cesserai de défendre, de promouvoir la beauté de ce Monde, de la Vie qui l'anime et la beauté de l'Homme libéré. On m'a parlé de Tantra, une science, un mode de vie, une carte vers la Sagesse et rien pour moi ne sera plus pareil. La foi, je l'ai toujours eue, au plus profond de moi, et je suis convaincue que nos âmes en sont imbibées ; mais je l'ai très souvent négligée, déguisée, étouffée. La vérité c'est que j'en ai eu peur; elle débordait de moi et j'ignorais que faire d'elle. Mais nous sommes des Hommes, et nous avons besoin de croire, besoin de sens, besoin de nous sentir contenus; nous avons besoin de grandeur. En reconnaissant une Source nous nous autorisons un futur, une destination, le plus beau des voyages.


Et même si je n'ai pas eu de réponses précises à mes nombreuses questions : j'ai apaisé mes angoisses et confirmé mes croyances : le Mystère perdure mais ne me fait plus mal. Je sais que tout est déjà là. Je sais désormais qu'aucun Temple n'est plus grand que mon propre corps, que chaque dieu est en moi, que je suis un peu de toi, que tu es un peu de moi, qu'Elle, Purusha, notre Mère Divine, nous étreint, quoiqu'il arrive. 


Mes amis, rappelons-nous, car là est le but ultime du Yoga - SMARANA-  se souvenir. Souvenons-nous de ce que nous sommes vraiment, souvenons-nous d'où nous provenons, car c'est aussi là où nous allons, ensemble. Tenons-nous la main (mais lavons-la après !), nous n'avons que les uns les autres -  l'Univers, en nous lançant ce défi sanitaire,nous le rappelle vivement. Certains ( les conducteurs de taxi surtout apparemment) n'ont besoin d'aucune crise pour apprendre, d'aucune menace pour apprécier la rareté et la qualité du Temps. Certains sont des Yogis confirmés sans jamais avoir posé un pied sur un tapis. On apprend tous comme on peut. 


Je ne minimise rien, j'ai conscience de la difficulté, de la frustration du confinement; j'entends nos peurs d'un futur incertain, je n'oublie pas ces morts qu'il nous faudra porter une fois cette crise révolue. Mais que restera-t-il de nous si nous succombons ? Notre force est dans notre foi; dans cette fragile flamme qui toujours nous fait choisir la Vie. 


Prenez-soin de vous, de votre corps et de votre esprit ; redoublez-d'efforts et de discipline pour raviver cette joie intérieure qui vous répète qu'il est possible un jour de se contenter d'être soi pour être heureux. 


Et comme les balinais, comme les Anciens avant nous, comme les religieux, comme les Yogis, comme les Hommes - priez. Ou si le mot vous dérange, envoyez vos intentions, vos energies vers la guérison. Chanter.

Qu'ensemble nous nous relevions le plus vite possible. 



Je vous envoie mes pensées et mes prières, 


À très vite, 


Om Shanti 


Angéline 




3 vues
  • https://www.youtube.com/channel/UCp0bLI54ZltS8jdZwV0ehrQ?view_as=subscriber

© 2020 ANGYOGA

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now