Rechercher
  • PETALS

M u l a d a h a r a (ou "Immersion dans un bol de couscous géant)

Mis à jour : juin 6







Dieu me déposa au creux des dunes, dans la bouche-même de l’Univers. 

De l’espace, du Rien, du silence. Un décor brut, brutalement beau, poétique et sauvage. Si peu de couleurs, deux ou trois, pas plus ;  si peu de formes : des courbes et des creux, rien d’autre - d’une simplicité déroutante. 



S a h a r a



J’en ai rêvé, je crois que j’y suis. Je répète le plus beau mot jamais prononcé. La douceur du S, l’éveil de la Kundalini, la souplesse de la colonne qui nous maintient droits. La répétition du A qui enfante l’amour et ce H, exotique, un souffle, un pont qui relie les Cieux à la Terre. 

Le désert est lieu de contrastes, de paradoxes, de songes tus ; le désert est un non-lieu. Il est un espace ouvert, fermé sur lui-même qui n’accueille pas et qu’on ne peut que déranger tant les éléments imposent de leur présence. Je ne suis ni attendue, ni invitée, cet endroit existe bien et mieux sans moi. Je ne suis qu’une tache, infime, disgracieuse, dans le plus harmonieux des tableaux. 

En terre pourtant inconnue, le familier m’emporte. Je parcours le visage le plus vieux du monde. Plus je marche et plus je m’enlise en ses rides. J’emprunte ses sillons sans départ ni arrivée, y laisse l’empreinte de mes pas, fierté dérisoire de marquer un territoire, l’urgence de laisser une trace. La faible consolation d’avoir compté un peu. 



Ici, le Temps prend toute son ampleur, il semble s’être figé - je constate que le Temps est vieux. Mes yeux naïfs assistent à la naissance du monde - la transformation du Rien en Tout. Le décor est planté depuis toujours tandis que j’arrive avec mon existence plus minuscule qu’un grain de sable. J’ai le passé lourd et mon futur ne pèse rien. Je ne fais que passer. Je suis devenue le Temps, l’éphémerité, la Vie qui s’essouffle. Je suis la lune qui tombe, le soleil qui se lève, je suis le vent qui de temps à autre chuchote à mes oreilles l’importance de vivre maintenant. La futilité de mon existence me mord le visage. 



Rescapée du plus beau des naufrages, c’est une autre forme d’océan dans lequel je viens de m’échouer. Les dunes de jaune sont des vagues immobiles qui résistent le reflet du Ciel. Elles se dressent, rondes, généreuses, hautes, implacables et fières. Elles prétendent ne rien faire, pourtant, une brise, aussi fine soit-elle, abime leurs peaux lisses, douces et maternelles. A chaque seconde, leurs peaux s’effritent, et dans le creux du silence je parviens à saisir le son du sable qui se déplace, grain après grain - tout s’entend lorsqu’on écoute. Malgré sa lenteur, le Temps finalement passe - et cela me rassure. Egoïstement, je me réjouis de ne pas être seule condamnée. 

Moi qui aimais tellement les montagnes de roche, mes “Grandes Soeurs du Sud”, je crois bien que je préfère les dunes. Elle me guident, m’emmènent non pas plus loin mais plus haut, vers un paradis qui lui au moins m’attend. Chaque jour, je trempe mes mains dans leurs corps, je recouvre ma peau de la leur, je fusionne, m’en imbibe, disparais sous leurs grains. Je m’enterre en elles, cherche fraicheur le jour et chaleur la nuit. Je m’enterre pour ne pas me faire enterrer. Je choisis de rentrer : je sais que je viens de ‘là’, du dessous-de la Terre. Plus que jamais le mouvement est verticale: je cherchais à aller vers le ciel, mais c’est plus bas, vers le coeur qu’il me faut maintenant me diriger. 

Mon coeur…



J’ignorais tout de lui, jusqu’ici. Ma tête, savait se le représenter, elle connaissait son emplacement, sa couleur, sa dimension, sa fonction. Mais mon coeur, ne savait rien de lui - il ne s’existait pas, il s’exilait. Etais-je la seule à ne rien ressentir, là, sous ma poitrine ? Dans cette méditation forcée, puisque tous les sens sont amplifiés, incontournables, impossibles à ignorer, j’ai entendu son appel, son cri de détresse : la revendication de son droit d’exister. Ainsi, tous les jours, dans un rituel religieux, sous la pâleur du soleil levant, je l’extirpe de ma poitrine, et soigneusement le place dans son écrin de sable. Je me prosterne, dans la plus heureuse des soumissions, et là j’attends. Hors de moi, mon coeur retrouve son pouls, il s’imprègne des battements de la Terre. Chaque pulsation me ramène à la vie et à sa danse. 

La Terre, Mère de nos mères, si stable, si certaine, a la peau molle. Je m’y enfonce. Ou plutôt, elle m’avale, m’engloutis. Je descends en elle, traverse toutes ses peaux. J’espère atteindre, ses os, sa colonne, son noyau, son coeur. En a-t-elle un ? Je descends dans sa gorge, les yeux brûlés par le sel que l’océan lui a peut-être un jour offert. Sa gorge m’étreint puis m’étouffe. A l’étroit, je demande pardon. J’ai mal, j’ai fait mal - je pardonne. Je cherche le son de la mer, la musique de mon enfance, le chant d’une mouette - quelque chose auquel me raccrocher, mais le silence est blanc. Dans mes tempes, mon coeur résonne. Dans cette blancheur, enfin, je l’entends. 

Descendre, encore. 

Ne jamais s’arrêter. 



Le bleu du ciel s’efface, les couleurs se diluent les unes dans les autres, le sang de la terre est jaune. Le chemin est interminable, son infinité est rassurante. Je me sais mortelle, je me sens éternelle. Je me sens arrivée nulle part, je me sens arriver en moi - j'enfile mon corps. La Terre est chaude. Mon corps lévite, flotte, de nouveau danse. J’ai le sentiment d’exister - mieux que cela : j’ai la joie d’exister. Le doute, la peur, la tristesse, la mélancolie ne sont plus qu’un mirage, une oeuvre de l’esprit. Mon âme, elle, ne crée rien, elle reçoit, simplement. Ma peau s’épaissit, se durcit, m’humanise ; elle me protège tout en laissant passer la lumière. Je m’allège, le désert s’installe en moi, je me vide, me remplis : 


j’ai déshabillé la Terre et me suis retrouvée nue.

 



Dépouillée de tout, ne reste que la poésie. La poésie de l’espace, du silence, du moment. La poésie émerge de la nudité. Elle remplit le vide. Elle est le souffle de Dieu et sa respiration illumine nos êtres entiers, jusqu’à polir nos os. 

C’est en moi que je suis entrée. En ne cherchant rien, je crois bien avoir trouvé quelque chose. On m’a tout donnée, on m’a toujours tout donnée et mes insécurités se brûlent au feu bleu de minuit. Chaque larme écoulée se cristallise et vient s’accrocher au ciel de velours, elles ne m’appartiennent pas, ne me définissent plus - confions sans honte au Ciel et à la Terre le poids de nos peines. J’étais venue invoquée l’immobilité, le désir de rester ici, au moins le temps d’une vie. Là, sans prévenir, sans même oser l’espérer, sous le nombril du monde, je suis née à mon corps alors que la Terre me donnait naissance. 

Enfin ressentir la densité de l’Existence, légère et précieuse. 


Et dire que tout ce temps, c’est

mon corps qui manquait à ma tête.  mon coeur qui manquait à mon corps, la Terre qui manquait à mon Ciel.

Situé à la base de notre colonne vertébrale, au niveau du périnée, Mūlādhāra est le premier des sept centres énergétiques (chakras) que l'énergie Kundalini vient traverser. Il est associé à l'élément Terre, à la couleur rouge, et au mantra LAM. Ce chakra est à la base de notre développement : il nous enracine, nous procure un sentiment d'appartenance en cette vie, sur cette Terre. Quand harmonisé, nous nous sentons en sécurité, nous avons confiance en nous-même et en ce que l'Univers nous procure tout ce dont nous avons besoin en abondance. Quand déséquilibré nous pouvons ressentir un manque constant, un sentiment d'insécurité, la peur de manquer d'argent, peur de mourir etc. 

Un chakra Racine en bonne santé est un chakra qui nous chuchote :

"J'AI LE DROIT D'EXISTER"

3 vues
  • https://www.youtube.com/channel/UCp0bLI54ZltS8jdZwV0ehrQ?view_as=subscriber

© 2020 ANGYOGA

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now