Rechercher
  • PETALS

Monsieur le Président (14.04.20)

Mis à jour : juin 6

C’est avec attention que j’ai écouté votre discours tant attendu. J’ai fait de mon mieux pour accueillir vos mots avec des oreilles pures, dépourvues d’attentes. Les attentes sont dangereuses, elles mènent à la déception et j’ai vu trop de gens reposer leurs espoirs sur vous pour à mon tour faire l’erreur de vous considérer comme un sauveur. Ne jamais oublier que sous votre costume-cravate il y a un Homme, aussi faible et puissant que moi.

Alors oui, j’ose croire en vos intentions bonnes et justes. J’ose croire que vous faites de votre mieux. Et je compatis de cette lourde responsabilité que vous avez endossée.

De toutes vos paroles, il y en a une qui m’a interpellée :

“Quand pourrons-nous renouer avec la vie d’avant ? Je sais vos questionnements […] Nous n’avons pas de réponse définitive à cela.”

Que vous n’ayez pas de réponse sur la date exacte du confinement, sur l’antidote du virus, sur l’évolution de celui-ci, sur la couleur de notre futur - je le conçois. Mais, dans ce chaos d’incertitudes s’il y a bien une réponse sûre c’est celle-ci : Jamais plus nous ne vivrons notre vie d’avant. Simplement parce qu’elle est “d’avant” et “qu’avant” n’existe plus. J’écris cela sans aucune amertume ni pessimisme : j’estime qu’il est positif que de laisser derrière nous ce qui n’existe plus. Je considère, qu’en laissant flotter le mystère, en cultivant l’espoir illusoire qu’un jour nous pourrons vivre cette vie d’avant, vous échouez à votre fonction, celle de guider dans le vrai. Il est temps de cesser de surprotéger nos frères et soeurs, nos compatriotes : en refusant d’énoncer clairement ce qu’il en est vous sous-estimez notre capacité à faire face aux défis de la vie, à confronter la vérité, surtout quand elle ne nous est pas agréable.

Alors non, nous ne vivrons jamais plus la vie d’avant: nous vivrons une autre vie. De penser que ce changement est forcément négatif est notre grande erreur. Le changement n’est pas une mauvaise chose en soi, il est neutre. Il est cette force présente en tout, cette force qui nous permet de passer de l’hiver au printemps, de l’enfant à l’adulte, de la vie à la mort. Ce mouvement perpétuel, c’est la définition-même de la vie. Alors pourquoi nous épuiser à lutter ?

Nous ne vivrons plus la vie d’avant, nous vivrons une autre vie. Une vie qu’on peut choisir, dès maintenant, de vivre mieux. Nous vivrons une vie libre dans laquelle nous pourrons nous promener, nous rencontrer, nous enlacer. Oui, elle ressemblera à la “vie d’avant” mais elle sera tout autre. Dans cette nouvelle vie, nous saurons enfin le goût de la Liberté (et déjà elle impose une majuscule). Nous saurons enfin la chance d’être aimé et d’aimer, nous saurons enfin la joie d’être en vie. Tout ce qui était acquis de la “vie d’avant” retrouvera ses couleurs vives, son caractère précieux et divin, son parfum de miracle, sa délicieuse éphémerité.

Nous ne vivrons plus notre vie d’avant, nous vivrons une autre vie. Nos morts seront toujours morts et nous fleurirons leurs tombes de nos pleurs. Mais les vivants seront plus que des vivants; les vivants seront des survivants. Nous vivrons notre nouvelle vie avec la satisfaction d’y être encore; avec la reconnaissance d’avoir été épargné. Avec l’envie de vivre mieux et plus pleinement.

Nous ne vivrons plus notre vie d’avant, nous vivrons une autre vie. Une vie au présent. S’accrocher à ce qui n’est plus ôte au moment qui se déploie le potentiel de nous rendre heureux. On ne vit pas dans le passé, on ne vit pas dans le futur - rien n’existe que dans le moment présent. 


Résister à l’aube, c’est plonger dans une nuit sans fin.


Monsieur le President, j’aurais tant aimé vous entendre dire haut et fort et avec conviction : Non, jamais plus nous ne vivrons la vie d’avant. La vie qui nous attend est nouvelle. Nous vivrons dans la pleine conscience, dans la gratitude, dans l’amour de l’autre, dans le respect de la vie ; notre foi retrouvée, notre humanité élevée.

Cette nouvelle vie, sûrement utopique pour beaucoup, ne sera possible qu’une fois la “vie d’avant" embaumée. Il ne s’agit en aucun cas d’oublier notre Histoire et nos histoires, mais plutôt de permettre au neuf de renaître à nous. Il s’agit d’un choix. Nous pouvons dès maintenant choisir de nous adapter, dans le souvenir de ce qui a été et dans l’espoir que le meilleur est là.

Monsieur le Président, j’ai conscience que vous n’avez peut-être pas conscience de l’impact de cette question laissée sans réponse. C’est pour cela que j’écris. C’est dans cet espace de silence que j’interviens, que je me sens appelée. Vous avez trouvé votre rôle, j’ai aussi trouvé le mien : celui de rappeler à mes frères & soeurs, l’essence de leurs êtres et l’essence de la vie qui les anime.

Monsieur le Président, merci de vos paroles - elles ont délié les miennes. Je crois bien que la “vie d’après” aurait bien besoin d’un professeur de Yoga au gouvernement. - Je vous laisse réfléchir-


À nous tous, au moment qui nous unit et à l’été qui arrive,


Vive la Vie


Angéline





0 vue
  • https://www.youtube.com/channel/UCp0bLI54ZltS8jdZwV0ehrQ?view_as=subscriber

© 2020 ANGYOGA

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now