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Addictions


On additionne les addictions.

Peu sont ceux qui avoueront en être victime - il est honteux que d’être soumis à ses propres désirs. Et pourtant. Le silence qui enveloppe nos addictions (“nos”, je nous inclus -presque- tous) est un des facteurs propices au maintien de l’addiction. Elle se nourrit de silence et le silence, c’est le grognement de la honte.


En crevant le silence c’est donc l’addiction que nous affaiblissons. Nous l’éventrons pour que le pus en sorte. C’est répugnant, ça fait mal et longtemps. Mais au moins ça sort.

On le sait qu’il nous faut délier les langues pour expulser son poison, on le sait et on se tait. Alors parlons.


Pour beaucoup, le terme “addiction” renvoie à une consommation extrême de drogue, d’alcool, de jeu, de sexe. Il semblerait que les addictions ne soient dirigées que vers les choses nocives. Là est notre erreur. Une addiction peut avoir pour cible le plus insignifiant, le plus insoupçonnable des objets. Tout peut un jour devenir objet de dépendance. Chaque chose tangible ou fictive a un “potentiel addictif” puisque l’addiction n’est en rien dans l’objet ciblé mais dans le sujet qui s’y soumet.


Le Yoga n’est pas une exception. Même si elle est censée vous apporter bien-être et ajouter à votre vie, votre pratique aussi peut se retourner contre vous et vous priver de votre liberté. J’ai rencontré de nombreux yogis qui semblaient “accros” à la pratique ; moi-même en ai approché la frontière. Il m’aura fallu passer par cette phase pour ennoblir ma relation avec ma pratique, depuis saine et durable.


Comment une ‘chose’ aussi pure que la pratique du Yoga puisse être une addiction ? Parce qu’elle est si pure et agréable, justement. Au final, l’objet importe peu : il s’agit plutôt de notre relation à lui.

Il est, je pense, dangereux de blâmer l’objet de nos désirs insatiables : on ne fait que reporter la faute hors de nous; on renforce ce sentiment de passivité et d’impuissance. On se positionne ainsi comme victime de la chose en question qu’on croit la raison de tous nos tourments simplement pour éviter de voir la raison pour laquelle nous sommes devenus accro au départ. Parce que cela ferait trop mal de reconnaitre que nous sommes l’auteur de notre propre mal-être.


L’addiction, selon moi, n’est qu’un symptôme. Un douloureux symptôme, certes, mais il est l’expression de quelque chose de plus grand, de plus destructeur. Tenter de soigner l’addiction en elle-même est pour moi un travail insuffisant, bien que nécessaire. Si la cause de l’addiction n’est pas identifiée alors l’addiction apparemment guérie tôt ou tard se révélera sous une autre forme.

En effet, ce dont il faut se rappeler est que l’addiction s’immisce là où on lui fait de la place. Là où il y a vide, il y a opportunité. Rien à voir avec Shunya - le vide infini - la promesse de notre retour vers l’Absolu, auquel une méditation assidue nous permet d’accéder. J’évoque ici le vide abyssal, celui qui nous vole notre sommeil la nuit et notre joie le jour. Ce sentiment de ne vivre qu’à moitié, de n’être que l’esquisse de soi-même. De toujours manquer. Mais de quoi ? Nous sommes nés entiers. Nous nous divisons ensuite. Et c’est ce souvenir inconscient d’unité qui nous pousse vers son retour. On se sent incomplet alors on cherche ce qui pourra nous remplir et embrasser tous les aspects de nous. On se sait attendus à la plus grande des réunions de tous les temps mais l’on ne sait comment y arriver et si même nous y arriverons à temps.


On cherche, mais souvent mal. Puis un beau jour on croit avoir trouvé “la” chose qui nous manquait. On soupire de soulagement. Soudain cette chose nous redonne le goût de vivre et fait vibrer notre être tout entier. Une chose qui donne un poids et une légitimité à notre existence. Une chose qui encombre un peu le vide et faire taire ce silence insupportable, ou ces voix incessantes.

On s’y accroche éperdument, on ne la lâche plus, on ne veut qu’elle. Notre bonheur est suspendu à son fil. Mais on sait au fond que ce fil ne tiendra pas longtemps, qui lui aussi est soumis à l’usure du Temps. On s’empresse à ressentir quelque chose maintenant car on sait que de nouveau, bientôt, on ne ressentira plus rien.

On ne fait que masquer un malaise enfoui. Le vide est toujours là, sous nos pieds qui déjà ne touchent plus le sol.


L’addiction évolue. L’addiction n’est pas tout de suite, elle devient. C’est un problème relationnel entre nous, sujets, et l’objet (quel qu’il soit). C’est pourquoi, selon moi, une personne sévèrement en proie à une addiction - dite “accro”- est incapable d’entretenir des relations stables avec d’autres humains. Tant que son addiction n’est pas surmontée, l’addiction se reflétera dans toutes ses autres relations. Ce que l’accro cherchera dans l’objet de son addiction il le cherchera aussi dans sa relation avec l’autre. Il deviendra carnivore, affamé, se nourrissant de tout ce qui a une chance de remplir un vide.

Or, pour qu’une relation soit saine, stable et durable, elle se doit d’être désintéressée.


Je ne suis pas médecin, je n’ai que mon expérience et mes observations comme exemple, ma vision est donc subjective. L’addiction je l’ai vécue du dedans et je suis reconnaissante aujourd’hui d’avoir, sans le savoir alors, été mon propre rat de laboratoire. J’ai tant appris sur l’esprit et ses jeux.

A dix-huit ans j’ai souffert de troubles alimentaires ; anorexie et boulimie. Je n’ai jamais, durant ma maladie, entendu le terme “addiction”. Ce n’est que bien plus tard qu’il m’est apparu comme une évidence. Ce que j’avais vécu appartenait à une catégorie beaucoup plus vaste que celle limitée des troubles alimentaires. Je n’avais rien, mais vraiment rien contre la nourriture.

De reconnaitre les troubles alimentaires comme une addiction peut aider à comprendre ce phénomène étrange. Cela nous permet de remonter plus facilement vers la source du problème plutôt que d’être aveuglé par l’objet de l’addiction. J’aurais tout aussi bien pu commencer à boire ou à consommer de la drogue si cela m’avait été accessible. J’ai inconsciemment choisi ce qui était le plus simple pour moi à ce moment : me priver d’une chose du quotidien, aussi basique et essentielle que la nourriture


Pour ceux qui n’ont pas souffert d’addictions sévères il est difficile de comprendre une telle maladie. L’esprit de “l’accro” est reconditionné et ne fonctionne plus selon les mêmes principes qu’un esprit “normal”. L’addiction est une perte de contrôle. C’est une dépendance accablante qui écarte toutes les autres pensées et émotions, tous les autres désirs. L’addiction est perverse - si on croit se maitriser d’abord on finit par se soumettre à nos envies qui deviennent vite pulsions. Les pulsions frappent l’esprit de l’accro avec une telle violence qu’il serait prêt à tout pour assouvir son désir de ‘consommation’. La pulsion surgit et tout du monde, tout de soi se dissout - expulsé de notre propre corps on devient cette pulsion.

J’étais prête à tuer.


On oublie tout du bien, du mal, de l’amour, de la haine. Poussé par un vent déchainé -le souffle du diable- on est réduit à une fuite sans fin, une chute sans fond.


Ce qui est pervers dans l’addiction c’est qu’on finit par s’y sentir bien. Du moins c’est ce que l’on croit. La vérité est qu’on perd le sens de ce qui est agréable et de ce qui fait mal. La souffrance est totale, elle a tout absorbée de la lumière, aussi n’existe-t-il plus aucune comparaison, plus aucune référence. Le noir n’est plus noir une fois la lumière disparue et oubliée.

Ce n’est donc pas qu’on s’y sent bien, dans l’addiction, c’est qu’on est en territoire connu. Cette familiarité nous donne l’illusion d’être protégé - on ignore alors qu’il s’agit d’une fausse sécurité. On ne sait plus exister sans elle. On ne sait plus exister sans les pulsions, sans la présence constante de pensées obsessionnelles. Sans l’addiction on se confronte une fois de plus à ce même fichu vide. À ce stade le bonheur et la joie ne sont plus que les vagues souvenirs d’une vie mise en terre par nos propres mains.

Peut-on guérir d’une addiction ? Bien sûr. Je crois en la puissance de notre esprit. S’il est capable seul de s’affliger tant de souffrances alors il peut nous en sortir. Pour cela, cependant, il nous faut nous occuper de notre Foi. L’addiction n’est pas inhérente à notre nature :nous ne sommes pas nés accros. L’addiction est une “chose” ajoutée, le produit d’un esprit confus.

Guérir d’une addiction implique la reconnaître comme telle, séparée de nous. Il est essentiel de se souvenir qu’une vie sans elle est possible et finalement, naturelle. Pour avoir une chance de s’en sortir aucune partie de nous ne doit être dans le déni - ni dans le jugement pour autant. L’acceptation de notre dépendance envers une choses est douloureuse ; avec elle surgit le sentiment d’échec. Alors souffrons, encore un peu plus mais cette fois-ci pour la bonne cause. La souffrance que procure l’acceptation de nos cotés sombres n’est rien comparée à celle causée par une privation de notre liberté - ce qu’engendre la soumission à nos désirs.

Evidemment, certaines addictions sont plus dangereuses et il est souvent nécessaire de se faire accompagner. D’autres sont beaucoup plus subtiles. Et parce qu’elles sont invisibles on finit par vivre avec en pensant qu’elles font partie intégrante de nous. C’est une autre forme de danger. J’englobe donc dans les addictions, les addictions à certaines pensées, à certains schémas ou situations, à certaines relations. Ces addictions ne sont pas flagrantes, elles sont vicieuses et peuvent nous faire souffrir une vie entière.

Observez ce qui, dans votre vie semble se répéter malgré vous. Ce qui vous attire, ce qui vous rend malheureux, ce qui vous obsède, ce qui vous restreint et vous donne le sentiment de ne pas contrôler votre esprit entièrement.


On en guérit et j’en suis la preuve. Si vous cherchez à vous défaire d’une addiction mais sans succès, n’abandonnez pas. Changez d’angle et surtout, laissez votre addiction tranquille. Oui, ne lui donnez pas trop d’importance, elle ne demande que ça, de vous dominer complètement. Cherchez plutôt à remplir ce vide qu’elle prétend remplir, mais de choses saines qui elles vous procureront un bonheur durable. On prend souvent le problème à l’envers et on finit par aggraver l’addiction. C’est une question d’énergie et l’énergie est neutre. Il faut simplement apprendre à la gérer, à rediriger l’énergie bouillonnante dépensée à penser l’objet de l’addiction, à essayer de l’obtenir encore et encore vers des actions justes et bonnes. Sans attention de votre part, l’addiction s’évanouira peu à peu sous le poids d’une lumière renaissante. Question d’équilibre.


L’addiction peut être une chance si vous la considérez ainsi. Elle le fut pour moi. Sans elle je n’aurai surement pas suivi la même route spirituelle. Mon addiction a mis le doigt sur mon besoin de grandeur et de compréhension du monde. Elle m’a rappelé que je n’étais pas obligée de me contenter d’une vie plate, à la surface, et qu’aucun aspect de moi n’avait à être étouffé. Elle m’a appris à vivre mieux. En ne me laissant plus le choix, elle m’a appris à ne plus fuir.


Je ne souhaite que la paix et le bonheur de tous et je mets mon expérience de vie au service de votre délivrance. Pour que mes souffrances rendent les vôtres plus supportables.


En espérant que le vide devienne promesse de lumière,

Avec tout mon coeur,



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© 2020 ANGYOGA

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